Antibiotiques et antidépresseurs

Publié le 15/06/08

La différence entre un vaccin et un antibiotique est celle entre prévenir et guérir.
Certes, les antibiotiques ont sauvé des millions de personnes, mais ils ont aussi eut un effet pervers, celui de permettre aux souches microbiennes les plus résistantes de proliférer.

On a le sentiment que les antidépresseurs ont un effet analogue.
S’ils soulagent de nombreux êtres, surtout par leur valeur placébo, ils ont aussi l’effet de permettre la prolifération de pathologies mentales résistantes à tout traitement.
Ce seront ceux des patients que l’on nommera des « chroniques ».
La raison en est simple, c’est celle de pas avoir pris en compte le sens de l’émergence d’une souffrance psychique et sa fonction dans son contexte familial, de couple, professionnel ou autre.
C’est ce à quoi se dédient les psychanalystes et les thérapeutes familiaux.
Leur place est du côté de la prévention, en sachant que traiter la souffrance avant que les symptômes ne se fixent est tout à fait possible.
Plus tard, lorsque les symptômes ont été étiquetés et « traités », nous avons à faire avec des patients convaincus « d’être » malades.
La situation devient très complexe car il nous faut prendre en compte ce troisième partenaire qui est « le savoir médical », celui qui a réifié le symptôme de par un « diagnostic », donc créé un problème supplémentaire.

Il ne faut pas s’étonner que les traitements deviennent alors longs et leurs résultats aléatoires.
Il nous faut donc distinguer deux situations très différentes, celles ou nous sommes confrontés à une souffrance humaine logique et saine dans sa fonction de signal-symptôme, et celles ou le symptôme a été transformé du fait de la stigmatisation diagnostique en « maladie ».
Ceci ne signifie pas que l’on doive s’abstenir à chaque fois de prescrire certains traitements chimiques, mais que l’on peut le faire sans se sentir obligé d’enfermer le patient sous une étiquette diagnostique dont nous aurons bien du mal à l’en extraire.
Il est préférable d’être repéré comme réagissant d’une façon « normalement anormale » à une situation contextuelle difficile que d’être étiqueté anormal.

Or, actuellement, la démarche est inverse : il s’agit d’abord de faire ses patients des « malades » en leur faisant accepter un diagnostic de maladie, dépression ou autre, et non de considérer leurs symptômes pour ce qu’ils sont, à savoir des signaux équivalant à la douleur lorsque l’on risque de se brûler, un avertissement à se considérer et à se confronter à soi dans la névrose ou aux autres dans des situations conflictuelles ou angoissantes.